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Apprentissage

Questions à Michel Abhervé, spécialiste des questions d’insertion, de formation professionnelle et d’apprentissage

Ancien président de l’Union nationale des Missions locales, consultant-formateur, Michel Abhervé est professeur associé d’économie sociale et de politiques publiques à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée.

Pensez-vous que la réforme de l’apprentissage, telle qu’envisagée par le Gouvernement, permettra d’atteindre l’objectif de 500 000 apprentis en 2017 comme le souhaite François Hollande ?

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Michel Abhervé (DR)

Michel Abhervé - Si les 500 000 contrats d’apprentissage sont atteints en 2017, ce sera grâce à une amélioration de la situation économique. Je ne pense pas que la réforme ait un impact significatif sur l’atteinte ou non des objectifs. Ce qui me semble incroyable, c’est la tendance des gouvernements successifs à nier les chiffres. Fin 2013, le nombre de contrats d’apprentissage a baissé par rapport à l’année précédente, et Michel Sapin n’en parle pas. Nadine Morano, lorsqu’elle était ministre chargée de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, nous répétait également que tout allait bien ! En réalité, l’apprentissage stagne depuis 2008, et a baissé sensiblement en 2013, de l’ordre de 10%. Or, on ne pourra trouver de solution que si l’on pose correctement le diagnostic, et que l’on admet que la principale difficulté tient u nombre de postes disponibles.
Les politiques publiques se trompent de cible. Sous Nadine Morano, on tentait désespérément d’attirer les jeunes vers la voie de l’apprentissage, comme s’ils n’étaient pas déjà intéressés ! Le vrai problème, c’est que les jeunes intéressés ne trouvent juste pas de contrats. Il aurait été plus logique de faire des campagnes vers les employeurs, et en direction des jeunes, sur certains secteurs bien précis, comme par exemple la boucherie, qui ont de forts besoins en recrutement.

Sur quel autre levier peut-on jouer pour développer le nombre de contrats d’apprentissage ?

Miche Abhervé - Un dossier qui n’est toujours pas traité est celui de l’apprentissage dans la Fonction publique. Aujourd’hui, le système est clairement absurde. D’une part, les apprentis y sont payés 20% de plus que dans le privé, ce qui n’a guère de sens. D’autre part, les employeurs publics n’étant pas assujettis à la taxe d’apprentissage, ils doivent donc prendre en charge en grande partie ou en intégralité la formation de leurs apprentis. Ensuite, la question de l’articulation entre apprentissage et intégration dans la Fonction publique n’est pas réglée. En effet, je rappelle que pour devenir fonctionnaire, il faut passer des concours ou, tout du moins pour les catégories C, suivre une procédure particulière. Le rapport de Laurent Hénart, remis en 2009 sur l’apprentissage dans la Fonction publique, a soigneusement été poussé sous le tapis...
Thierry Repentin, à l’époque où il était ministre délégué à la Formation professionnelle et à l’Apprentissage [1], avait commencé à évoquer cette question en préparant la réforme de l’apprentissage qui doit être adoptée ce mois de février. Il n’était pas spécialiste, mais il a beaucoup travaillé et il a vite compris les enjeux. Il s’était également entouré d’un cabinet très compétent. Quand a eu lieu le jeu de chaises musicales lié à l’affaire Cahuzac, et que Thierry Repentin est parti aux Affaires européennes, les dossiers formation professionnelle et apprentissage en ont pâti. Non que Michel Sapin ne soit pas quelqu’un de très capable, mais il a plusieurs gros dossiers à gérer et n’a pas pu entrer assez dans la technicité du sujet. Vraiment, c’était une erreur de supprimer le poste de ministre délégué à la Formation professionnelle et à l’Apprentissage...

En quel sens la future loi peut-elle améliorer le système ?

Michel Abhervé - Avec cette loi, une partie plus importante de la taxe d’apprentissage va vers les Régions, plutôt que de passer par un circuit direct entre entreprises et CFA (centres de formation d’apprentis). Cela me semble plus rationnel de procéder ainsi. Le précédent système, basé sur une dotation de décentralisation, était absurde. On avait donné la compétence de l’apprentissage aux Régions, mais l’État tentait tout de même de reprendre la main à travers un Com (contrat d’objectifs et de moyens). Et cela, sans avoir le moyen de piloter lesdits Com ! L’État a vraiment joué les mouches du coche dans ces circonstances...
De même, l’intégration de la CDA (contribution au développement de l’apprentissage) à la taxe d’apprentissage me semble être une bonne chose. C’est simplificateur.

Propos recueillis par Aurélie Gerlach, Centre Inffo, 2014
Entretien intégral dans le n° 849 de L’Inffo Formation, 1er au 15 février 2014

À consulter :

[1De Juin 2012 à mars 2013.

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