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Alternance : les solutions anti-décrochage

Une mauvaise orientation, des difficultés sociales ou un problème d’intégration au sein de l’entreprise sont souvent à l’origine des ruptures de contrat des apprentis. Pour limiter le décrochage, des CFA ont choisi de les accompagner davantage.

L es responsables de centre de formation d’apprentis (CFA) le savent, il suffit parfois d’un malentendu, ou d’une remarque maladroite de la part du tuteur pour que l’apprenti mette fin à son contrat en alternance. Certains établissements créent des systèmes d’alerte afin d’éviter tout décrochage intempestif.

C’est ce qu’a fait le CFA Stephenson à Paris, spécialisé dans les métiers du commerce, de la banque, du tourisme et de l’hôtellerie. “Deux mois après le début d’un contrat, nous demandons à l’entreprise d’évaluer le jeune sur 10 critères afin de nous assurer qu’il s’est bien adapté”, explique Natacha Gendron-Ollivier, responsable qualité du CFA. Puis une discussion est engagée entre le jeune et le chargé des relations avec les entreprises du CFA. “Elle permet à l’alternant de mettre des mots sur ce qu’il vit et de ne pas rester bloqué sur un éventuel problème rencontré dans l’entreprise”, ajoute Natacha Gendron-Ollivier.


Au congrès de la Fédération nationale des associations régionales des directeurs de centres de formation d’apprentis. © Fnadir

Des orientations trop souvent subies

Les apprentis qui décrochent sont nombreux. Dans son étude “L’apprentissage en 2016”, la Dares indique que, pour les années 2014-2015, 28,3 % des contrats d’apprentissage ont été rompus avant leur terme. Un chiffre à peu près constant d’une année sur l’autre, qui mérite néanmoins d’être nuancé (voir encadré).
Les causes du décrochage sont multiples. Les acteurs de l’alternance dénoncent avant tout un problème d’orientation. “C’est le maillon faible du système”, observe Sébastien Malige, directeur adjoint du CFA Stephenson : les orientations sont souvent subies. En outre, “faute de relations entre les différents types d’établissements, les jeunes ne sont pas préparés à l’entrée en apprentissage. Il faudrait trouver des synergies entre les collèges et les CFA”, souligne Patrick Maigret, le directeur du centre de formation d’apprentis Hilaire-de- Chardonnet, à Besançon. Il est aussi président de la Fédération nationale des directrices et directeurs de CFA, la Fnadir.

Les difficultés sociales sont l’autre cause de rupture des contrats d’apprentissage. “Certains jeunes ont besoin d’un vrai salaire pour vivre, l’indemnité d’apprentissage ne leur suffit pas”, indique Sébastien Malige. D’autres ont des problèmes de santé, d’addiction ou ne bénéficient pas du suivi psychologique nécessaire.
Enfin, rappelle Jean-Michel Pottier, vice-président de la CPME, “certains apprentis ne disposent pas des prérequis nécessaires : lire, compter, respecter des consignes, travailler en équipe. Or, l’entreprise n’est pas qualifiée pour remédier à ce type de problèmes”.

La clé : un suivi attentif des jeunes

“Dans un environnement en pleine mutation, nous devons plus que jamais être à l’écoute des nouvelles attentes des jeunes en matière d’apprentissage et des besoins des entreprises. Pour cela, il faut innover et changer le schéma de l’alternance !”, souligne Jean-Claude Bellanger, secrétaire général des Compagnons du Devoir.
Les Compagnons incitent les jeunes à faire un stage découverte en entreprise avant de démarrer leur formation. Surtout, ils ont lancé en septembre une expérience appelée Appie (apprentissage par l’immersion en entreprise) qui permet aux jeunes de passer davantage de temps en entreprise que dans un contrat d’alternance classique : “Les jeunes y trouvent une vraie satisfaction”, observe-t-il.
Pour trouver des solutions au décrochage, les CFA multiplient les initiatives. Ils s’efforcent notamment de travailler en amont sur le projet professionnel du futur alternant. “Nous faisons intervenir d’anciens apprentis afin qu’ils expliquent leurs métiers. Il ne faut pas que les jeunes aient une vision erronée du métier vers lequel ils se dirigent”, affirme Julie Noguez, chargée de projet au sein du Cerfal, un réseau de 40 centres d’apprentissage en Île-de-France. Le plus grand CFA d’île-de-France, qui compte 4 000 apprentis, demande parfois aux jeunes de se préparer via un dispositif d’accès à l’apprentissage (DAA) mis en place par la Région afin de mieux adapter leur comportement et leur niveau d’expression aux attentes de l’entreprise.

Mais c’est aussi un suivi attentif des jeunes qui permet de limiter les décrochages.
Au CFA Stephenson, où le taux de rupture varie entre 4 et 7 % selon les années, les apprentis sont encadrés par trois personnes différentes : le référent entreprise, qui assure le placement des jeunes, suit leurs parcours en entreprise, rencontre deux fois par an leur maître d’apprentissage ; le formateur référent, qui reçoit régulièrement l’alternant en entretien ; et, enfin, le maître d’apprentissage avec lequel le CFA est en contact régulier.

Une professionnalisation des maîtres d’apprentissage

L’apprentissage est un dispositif exigeant. “Il est indispensable que ce qu’enseignent les formateurs et ce sur quoi les apprentis travaillent en entreprise soient parfaitement cohérents – ce qui n’est pas toujours le cas”, pointe Jean-Patrick Gille, président de l’UNML (Union nationale des Missions locales). Pour mieux accueillir les apprentis, certains, comme Patrick Maigret, réclament d’ailleurs une “professionnalisation des maîtres d’apprentissage”.
Élément positif, les secteurs qui suscitent de nombreux décrochages, comme ceux de l’hôtellerie et de la restauration (le taux de rupture atteint 50 %), se remettent en cause. “Le travail en coupures, avec une longue pause l’après-midi, ne permet pas aux jeunes de préserver leur vie personnelle. Les branches et les Opca le savent et réfléchissent sans tabou à des solutions afin de renforcer leur attractivité”, indique Patrick Maigret. Un effort indispensable.

Rupture de contrat ne signifie pas sortie de l’apprentissage

En 2014-2015, 28 % des contrats d’apprentissage ont été rompus avant leur terme, indique la Dares [1]. Cela ne signifie pas pour autant que les apprentis font une croix sur l’alternance.
Ils retrouvent majoritairement un contrat dans les mois qui suivent. Seuls 20 % des primo-entrants qui ont rompu leur contrat abandonnent définitivement l’apprentissage.
Les ruptures sont plus fréquentes chez les moins de 18 ans (37,6 %), baissent de plus de dix points entre 18 et 20 ans (25,4 %) et de sept points à 21 ans et plus (18 %). Elles diminuent lorsque le niveau de diplôme préparé s’élève.
Enfin, le taux de rupture dépend des secteurs d’activité. De 50 % dans l’hôtellerie et la restauration, il tourne autour de 30 % dans l’industrie et le bâtiment pour atteindre 25,4 % dans le commerce-gestion. Avec 19,3 %, la palme revient au secteur du transport.

par Mireille Broussous, Centre Inffo, 2018

[1“L’apprentissage en 2016. Une stabilisation des entrées dans la construction après sept années de baisse.” Dares résultats, septembre 2017.

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