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À la rencontre de bénéficiaires de la Garantie Jeunes

Par Centre Inffo

Comment accompagner les décrocheurs ? Le Gouvernement souhaite développer le dispositif Garantie Jeunes, qui propose, en accéléré, un concentré de tous les outils des Missions locales. Reportage.

Dans une école maternelle désaffectée, l’un des deux sites Garantie jeunes de la Mission locale de Paris, porte de Versailles, une promotion de treize jeunes fait sa rentrée. Majorité de garçons et de survêtements, tour de table, la conseillère leur présente le dispositif : un accompagnement intensif visant l’autonomie et les mises en situation professionnelle.

L’objectif est d’être en activité professionnelle pendant quatre-vingt jours sur un an, pour mettre toutes ces expériences sur votre CV. Les conseils pleuvent : “Vous avez un stage dans deux semaines, commencez à chercher dès maintenant, entraînez-vous au vouvoiement, prenez l’habitude de vous déplacer, car vous ne trouverez pas un boulot en bas de chez vous.”
Dans la salle voisine, un autre groupe entré huit jours plus tôt participe bruyamment au jeu de société “Dilemme”, sur la gestion du budget, animé par un prestataire. “Le but est d’arriver à payer ses charges mensuelles, mettre un peu de côté et se faire plaisir”, leur explique-t-on. “Pour l’instant, ça ne leur parle pas trop”, constate leur conseillère.

Le dispositif, lancé en 2013 et généralisé en 2017, est destiné aux décrocheurs, aussi appelés Neets (not in education, employment or training, ni étudiants, ni employés, ni stagiaires) de 16-25 ans en situation de précarité financière. Il prévoit un accompagnement renforcé et collectif, assorti d’une allocation de 480 euros pendant un an. “La plupart ont un hébergement instable et viennent de familles bénéficiaires du RSA”, indique Sabrina Bertrand, responsable Garantie jeunes sur ce site. Chiffres à l’appui : “62 % n’ont aucune qualification, et 70 % de ceux qui en ont une – CAP ou bac pro – veulent changer de voie.” La Mission locale doit accompagner 1 200 bénéficiaires en 2017, contre 400 en 2016. “La plus-value de ce dispositif est de proposer, en accéléré, un concentré de tous les outils dont on dispose en Mission locale.”

En atelier POP

Le jeune commence par deux semaines d’ateliers collectifs et d’entretiens individuels pour avancer sur son projet, puis enchaîne avec deux semaines de stage. “C’est rapide, nous impulsons une dynamique et le jeune n’a pas le temps de se démobiliser.” Le seul point noir, pour les conseillers, est le lourd travail de reporting administratif exigé par le Fonds social européen, qui cofinance le dispositif [1].

Au programme de la première semaine, un atelier “récit d’expérience positive” pour fédérer le groupe et travailler l’expression, une visite d’entreprise chez le “parrain” de la promotion, et une sensibilisation à la santé par la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie), avec ouverture de droits. Les entretiens individuels visent à faire ressortir une ou deux idées de métiers, en vue du premier stage. “Dans chaque groupe nous avons des projets de CAP petite enfance, d’aide-soignant, d’hôtesse de l’air. Ils ont souvent une fausse idée du métier et beaucoup changent d’avis après le stage”, constate la conseillère, Luciana Ailounakin. Ceux en manque d’inspiration peuvent suivre un atelier POP (projet d’orientation professionnelle) de deux semaines, animé par une équipe de la Mission locale, “pour trouver un projet qui leur plaît vraiment. Sinon, ils n’iront pas au bout.”

Parcours individualisé

Lina, 20 ans, en Garantie jeunes depuis une semaine, est plutôt “dans le haut du panier” : après un bac professionnel gestion-administration et une première année de BTS tourisme, elle souhaite devenir agent d’escale. Après son stage, qu’elle a déjà trouvé, elle suivra un mois de cours d’anglais puis commencera la formation préparant à ce métier. “L’approche est différente avec ceux qui sont SDF, que nous orientons vers des métiers qui recrutent sans diplôme, employé libre-service ou hôtesse de caisse, pour qu’ils puissent travailler tout de suite”, ajoute la conseillère.
Après les cinq semaines de “sas”, l’accompagnement se poursuit en individuel. Ceux qui ne travaillent pas doivent s’inscrire à deux ateliers par semaine et rencontrer régulièrement leur conseiller, qui les positionne sur des cours, des forums, des offres d’emploi. “Ce dispositif offre à ses bénéficiaires tous les moyens pour réussir”, estime Luciana. Et pourtant, le taux de sorties en emploi ou formation n’excède pas les 35 % [2], à Paris comme au national. “La plupart ne font qu’un seul stage”, observe Sabrina Bertrand.

“Préparation sociale à l’emploi”

Une analyse [3] du Centre d’études de l’emploi (CEE) sur les effets du dispositif constate qu’un grand tiers des jeunes sont lancés, ils “ont appris à chercher du travail, rencontré des employeurs et enchaînent les CDD ou missions d’intérim”. Pour un autre tiers, le dispositif a permis une “préparation sociale à l’emploi” : ils ont pris confiance en eux, engagé un parcours de soins, et avancé dans leur projet. Enfin, les 20 % restant ont eu un “parcours empêché” par des difficultés personnelles ou sociales trop importantes.

Un bilan somme toute encourageant, qui a convaincu le gouvernement d’y faire entrer 100 000 jeunes par an, dont 2 000 à Paris. Pour atteindre ce but, encore faudra-t-il les repérer et élargir les prescripteurs. •

par Mariette Kammerer, Centre Inffo, 2017

REPÈRES
“Améliorer la complémentarité des dispositifs”
Après l’annonce de l’ouverture de 4 000 places supplémentaires en dispositif deuxième chance, Cyrille Cohas-Bogey, directeur général du réseau Écoles de la deuxième chance, se félicite de ce “bon point de départ”.
Le rapport du CAE (Conseil d’analyse économique) d’avril 2017 préconisait de tripler le nombre de places. Pour étendre le réseau É2C, l’implication des Régions est aussi nécessaire, car elles représentent 31,5 % du financement : “Elles devront être associées pour sécuriser notre modèle financier”, confirme Cyrille Cohas-Bogey.
Concernant le manque de lisibilité des dispositifs, pointé par la Cour des comptes dans un rapport de janvier 2016, “il faut améliorer leur complémentarité, clarifier les liens entre eux, et différencier les rôles de prescripteur et d’opérateur dans les services d’orientation”, souligne le directeur général. Il faut enfin progresser sur le repérage des jeunes décrocheurs. Le Comité d’orientation des politiques de jeunesse a créé un groupe de travail sur le sujet.

[235 % dont 7 % en emploi plus de six mois, 7 % en emploi moins de six mois, et 3 % en alternance, selon les statistiques nationales.

[3CEE, “La Garantie jeunes en action. Usages du dispositif et parcours de jeunes”, par François Sarfati, Marie Loison-Leruste (coord.), Julie Couronné.

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