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30 ans après sa naissance, Erasmus fait l’unanimité

Le programme européen de mobilité s’est étoffé au fil des décennies. Il couvre désormais l’ensemble de la formation tout au long de la vie sous un intitulé unique : Erasmus+. Mais la mobilité dans la formation professionnelle reste à développer.

Mélange des cultures, apprentissage des langues, cours à l’université, échanges amoureux, « fiestas »... C’est ainsi que L’Auberge espagnole, le film du réalisateur Cédric Klapish mettait en scène, il y a 15 ans, des étudiants européens partageant leur quotidien à Barcelone. « On peut dire que c’est ce film qui a fait connaître très largement le programme Erasmus, reconnait Sébastien Thierry, directeur adjoint de l’agence Erasmus+ chargée de piloter le programme en France. Mais cette vision très sympathique d’Erasmus est une version un peu déformée de la réalité... » C’est celle qu’utilisent notamment les quelques détracteurs du programme européen pour affirmer qu’il gaspillerait l’argent des états (16,4 milliards pour la période 2014-2020) à payer du bon temps à milliers de jeunes. Faux, rétorque Vincenzo Cicchelli, maitre de conférence à l’université Paris-Descartes (laboratoire Gemass-Sorbonne). « Derrière un séjour Erasmus, il y a l’objectif fondamental de l’apprentissage d’une langue et en général un projet scolaire et/ou professionnel réfléchi. Au-delà, poursuit le sociologue, Erasmus c’est la « bildung cosmopolite », c’est-à-dire la formation de soi par la rencontre avec les autres, le fait de se socialiser peu à peu au contact de la différence culturelle ». Un processus qui contribue à forger des eurocitoyens mobiles, principal objectif affecté à Erasmus lorsqu’il a été créé en 1987.

Une naissance aux forceps

Trente en plus tard, la philosophie d’Erasmus persiste, tandis que la politique de l’Union en faveur de la mobilité a élargi son action au-delà des seuls étudiants. Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance. Au milieu des années 80, quand il est soumis aux états membres par la Commission européenne présidée par Jacques Delors, le projet de création d’Erasmus butte sur l’opposition des principaux pays de l’Union, y compris la France. « L’éducation était encore une politique exclusive des nations, se rappelle Odile Quintin, présidente du Cercle Erasmus, le conseil d’orientation de l’agence Erasmus+ France. Les pays refusaient d’investir plus de 80 000 euros pour créer Erasmus. On a du mal à y croire aujourd’hui ». Finalement, après de multiples tractations, la Commission européenne obtient un engagement supérieur et Erasmus voit le jour le 15 juin 1987.

Leonardo, Grundtvig et Comenius

Le programme Leonardo da Vinci pour les jeunes de la formation professionnelle n’est arrivé qu’en 1995. En réalité, il avait un ancêtre, le programme Petra créé en 1988. « La formation professionnelle était inscrite dans la politique commune dès les années 60, souligne Odile Quintin. Il existait donc déjà, même avant Pétra, des collaborations européennes dans ce domaine ». Le programme Leonardo, lui, se voulait cependant l’égal d’Erasmus, tout comme les programmes Grundtvig lancé en 2000 pour les adultes en formation professionnelle et Coménius, créé en 2002 pour l’enseignement primaire et secondaire. In fine, au mi-temps des années 2000, l’Europe conjuguait mobilité et formation tout au long de la vie.

Le tournant de 2014

Une nouvelle étape est franchie en 2014, à l’occasion de la nouvelle programmation budgétaire. Elle est stratégique. L’ensemble des programmes de mobilité couvrant désormais tous les champs de l’éducation et de la formation, y compris de l’éducation dite « informelle » deviennent les volets d’un dispositif unique, Erasmus +. « Erasmus est une marque renommée, explique le directeur adjoint de l’agence française. L’objectif est que cette notoriété bénéficie aux autres programmes ». Parallèlement, l’Union européenne a renforcé sa politique en investissant 16,7 milliards d’euros dans la programmation 2014-2020, soit 40 % de plus que le précédent budget sexennal. Cependant, ce budget ne suffit pas à répondre à la demande. Pour l’année 2016, il a couvert seulement 60 % des financements demandés. Dans ce contexte, la programmation 2014-2020 doit relever un défi, celui de développer la mobilité dans la formation professionnelle. En 30 ans, sur 5 millions de personnes parties avec les programmes européens de mobilité, on compte 3,3 millions d’étudiants. En France, plus d’un million de personnes en ont bénéficié dont 600 000 étudiants et seulement près de 161 000 lycéens professionnels, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle (demandeurs d’emploi). Le bénéfice de la politique européenne de mobilité reste donc largement déséquilibré. « En France en particulier, il y a une vraie césure entre enseignement supérieur et formation professionnelle et cela se traduit aussi dans l’accès à la mobilité européenne, regrette Odile Quintin. La réunion de ces deux publics dans un programme unique doit nous aider à résorber ces écarts ».

par Marion Esquerré, Centre Inffo, 2017

REPÈRES
Quel impact de la mobilité sur l’insertion ?

À la demande d’Erasmus+ France, le Céreq a étudié l’accès à l’emploi des jeunes partis en mobilité encadrée au cours de leur formation (génération 2010). Il en ressort qu’ils ont plus souvent que les autres une trajectoire d’accès durable à l’emploi. Ils accèdent également plus vite à un premier emploi. Cependant, insiste Emmanuel Sulzer, chercheur au Céreq, des biais statistiques existent : “Les séjours sont plus systématisés et encadrés dans les filières, voire les établissements qui, de toutes les façons, offrent déjà les meilleures conditions d’insertion. Par ailleurs, les élèves qui partent ne seraient-ils pas déjà mieux dotés que d’autres (milieu social, réussite scolaire...) face au marché du travail ? La mobilité est probablement un atout mais on ne peut pas statistiquement affirmer qu’elle est une cause de meilleure réussite.”

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